11/07/2021

Résilience

Guy Marty
Par Guy Marty

Nous sommes sortis du confinement et des couvre-feux, et nous nous préparons pour l’été. On parle beaucoup de la résilience de l’économie française, et l’on pourrait même dire que la « résilience » est une expression devenue à la mode.

Nous espérons tous que l’économie française va bien repartir, mais il me semble qu’on emploie le mot de « résilience » à tort et à travers, et qu’on oublie son véritable sens.

Même si c’est un mot aujourd’hui courant, il ne veut pas dire la même chose selon celui qui l’emploie. Pour les uns cela veut dire résistance ou endurance. Pour d’autres c’est la capacité d’une personne, ou d’une entreprise, ou d’une économie à surmonter un choc.

En français, le mot résilience est un terme technique qui désigne la capacité d’un métal à résister à un choc. Si aujourd’hui on utilise ce mot dans la vie de tous les jours, c’est parce qu’il a traversé l’Atlantique avec les films américains et coca-cola…

Paul Claudel, dont on connait les pièces de théâtre mais qui était ambassadeur aux États-Unis pendant la grande crise des années trente, l’avait en quelque sorte découvert. Je le cite : « Il y a dans le tempérament américain une qualité que l’on traduit là-bas par le mot resiliency, pour lequel je ne trouve pas en français de correspondant exact, car il unit les idées d’élasticité, de ressort, de ressource et de bonne humeur ».

 

La résilience ce n’est pas la résistance, ce n’est pas seulement la capacité à se remettre d’un choc. C’est la capacité à rebondir, à repartir de l’avant, joyeusement. Alors, quand je consulte le texte gouvernemental du « Plan de relance et de résilience », car c’est comme cela qu’il s’appelle, ou quand je lis des analyses sur la résilience de l’économie française, je trouve tout cela bien austère et bien triste. On a perdu la saveur du mot. Où sont passés l’enthousiasme, le bonheur, la joie de vivre retrouvée ?

Si l’on utilisait le mot résilience pour ce qu’il veut dire, on penserait peut-être un peu plus que l’économie est faite pour les gens, et pas l’inverse.